Histoire

Au cours du Xème siècle, les berbères Sanhadjas, chameliers nomades issues de l’ouest saharien, qui deviendront par la suite les Almoravides, s’assurent la mainmise sur les grandes routes du commerce transsaharien. Ils fondent au XIème siècle la ville de Marrakech qui deviendra la capitale de leur royaume.

Par la suite, en décidant de porter secours à l’islam andalou, mis en péril par les conquêtes territoriales des rois chrétiens, les Almoravides créent un empire s’étendant de l’Espagne au Mali en passant par la Mauritanie. Eblouis par le raffinement de l’art andalou, ils adopteront le style hispano-mauresque des villes de Cordoue, Séville et Grenade. Les chambres «L'Africaine » et « Le Ryad » rendent hommage à ces deux cultures ayant influencées Marrakech au cours des siècles passés.

C’est également à cette période que sont engagés de grands travaux d’irrigation, avec notamment la création des « khettaras », système complexe de canalisations d’eau souterraines s’étendant sur deux mille kilomètres, alimentées par des puits qui drainent l’eau dans toute la ville de Marrakech. Cette abondance d’eau permettra le développement d’une palmeraie mais également l’édification de fontaines, de mosquées, de bains publics, et de palais agrémentés de jardins.

 

En médina, le « palais-riad » marocain est un univers clos, secret, une enclave dans le tissu unique que forment les « derb ». Le luxe, l’espace, le confort et l’esthétique ne s’exhibent pas à l’extérieur. Le Palais Lamrani ne déroge pas à la règle et réserve ses charmes à ses hôtes privilégiés. Comme la plupart des palais de la Médina de Marrakech, il a été édifié au tout début du XXème siècle, sur les fondations d’une construction probablement identique datant de plusieurs siècles.

C’est au début du XXème siècle que le palais prend l’appellation de « Lamrani », nom de la famille de hauts fonctionnaires marocains qui y résidaient alors. A cette époque, la demeure était plus vaste et disposait d’une cour d’attelage, comme il était de rigueur dans les habitats de notables. A l’image de la classe dominante de l’époque, les Lamrani avaient un gout très prononcé pour le mobilier venu d’Europe ou d’Orient : les styles « regency » et « victorien » y côtoient les meubles syriens et marocains, les miroirs dorés reflètent la douce lueur des lustres en cristal. Des tapis persans rapportés de la Mecque sont étalés sur les sols, le thé à la menthe y est servi dans des verres en cristal Saint-Louis et des théières en argent de manufacture anglaise.

Outre son mobilier, le Palais Lamrani a conservé de cette époque deux magnifiques lits à baldaquin en cuivre, dont l’estampille révèle l’origine anglaise. Signe de prestige, le maître des lieux y faisait asseoir ses invités de marque. Ces lits sont aujourd’hui l’attribut des chambres « La Sultane » et « Le Harem » et constituent à eux seuls une véritable invitation au voyage…

 

Bien qu’ayant fait l’objet de plusieurs restaurations, le palais Lamrani est resté tel qu’il était à l’origine. Les plafonds de cèdre et les behous ont été conservés intacts. Les ornements de zouakqs et de gebs, jugés en assez bon état, n’ont pas été restaurés. Sans que soit dénaturée la structure des lieux, les chambres «Le Pacha » et «L'Orientale » ont été aménagées dans les « douirias » secondaires qui servaient autrefois de greniers. De même, la cuisine a conservé sa grande hôte de tôle, souvenir des banquets d’antan.

Quant au jardin, pièce maîtresse du palais Lamrani, il symbolise dans la culture musulmane une image terrestre du paradis et justifie pleinement l’appellation de « riad », héritée de la culture andalouse et désignant initialement un jardin clos, divisé en quatre parcelles et orné en son centre d’une fontaine. Celui-ci est un lieu de quiétude et de beauté, exprimant par sa disposition florale joie et gaieté. On y entend le bruit de l’eau, on y goute la saveur des arbres fruitiers, on y respire le parfum des essences. Un avant-goût du paradis…

 

 

Un univers de sensations

A deux pas de Jemaa, du Palais Lamrani,
Visitez la cité de l’ocre et du jasmin,
Arpentez chaque souk et, la main dans la main,
Revenez retrouver Eric et Noémie.

A deux pas de Jemaa, au Palais Lamrani,
Écoutez le silence ou l’oiseau roucouler,
Admirez le jardin de quelque et une nuits,
Au parfum d’orangers ou autres orchidées.

A deux pas de Jemaa, au Palais Lamrani,
De saison en saison profitez à l’envi,
D’un gommage au hammam, d’un massage à l’argan,
Dans une eau de cristal du repos d’un instant.

A deux pas de Jemaa, au Palais Lamrani,
De peintres et sculpteurs découvrez le talent,
Au salon près du feu en lisant un roman
Savourez le présent, oubliez vos soucis.

A deux pas de Jemaa, au Palais Lamrani,
Prenez tout votre temps pour goûter à l’exquis
Des saveurs du Maroc rappelant l’Orient,
De la rose au cumin, de la menthe au safran.

A deux pas de Jemaa, au Palais Lamrani,
Quand votre heure est venue de penser à l’intime,
Dans la suite royale et son décor sublime
Un murmure, un silence… éteignez les bougies.


Hervé de la Vauvre – 19 Février 2011

 

 

L’invitation au voyage

Là, tout n’est qu’ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté.

Des meubles luisants,
Polis par les ans,
Décoreraient notre chambre ;
Les plus rares fleurs
Mêlant leurs odeurs
Aux vagues senteurs de l’ambre,
Les riches plafonds,
Les miroirs profonds,
La splendeur orientale,
Tout y parlerait
À l’âme en secret
Sa douce langue natale.

Là, tout n’est qu’ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté.


Charles Baudelaire